Graphiques, courbes, indicateurs : pourquoi l’analyse technique ne vous fera pas gagner sur les marchés ? Le chartisme ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais

Il me semble incroyable qu’au 21ème siècle, l’analyse dite « technique » soit encore si souvent utilisée.

Non seulement elle est inutile et va vous conduire droit dans le mur. Mais il existe des raisons pour lesquelles elle est si largement utilisée.

Qu’est-ce que l’analyse technique ?

L’analyse technique est un ensemble de techniques pour tenter de prédire le prix d’une action (bien qu’elle soit également utilisée pour les indices, les matières premières et d’autres actifs…) en se basant sur les changements et l’évolution des prix passés.

L’analyse technique peut être divisée en deux parties : l’analyse chartiste et l’analyse quantitative. En pratique, les deux sont utilisées en même temps et, ensemble, elles sont appelées analyse technique.

Le chartiste analyse les “figures graphiques” que les prix “dessinent”. Nous voyons par exemple : des lignes de tendance, des supports et des résistances, des figures comme la fameuse épaule-tête-épaule, le double bottom ou le triple top.

L’analyse quantitative utilise des “indicateurs” mathématiques pour essayer de voir des modèles. Je n’exagère pas si je dis qu’il y en a des dizaines : MACD, RSI, %R de William…

L’analyse technique à travers l’histoire

Charles Dow et la théorie de Dow

A la fin du 19ème siècle, Charles Dow, du même nom que l’indice Dow Jones, a créé la « théorie dite de Dow », qui est encore considérée aujourd’hui comme la base de l’analyse technique.

John Murphy et l’analyse technique

Plus tard apparaît John Murphy et son célèbre « Technical Analysis of Financial Markets », considéré comme le manuel d’analyse technique le plus fondamental et le plus complet.

Les vagues d’Elliott

Il faut également parler des « vagues d’Elliott ». En gros, un homme a “découvert” que les marchés suivent toujours un modèle et que chaque marché, à tout moment, se trouve dans l’une des phases d’une succession de « vagues ». En sachant où nous sommes, nous serons en mesure de voir ce qui nous attend.

Les retracements de Fibonacci

Concernant Fibonacci, mathématicien italien de la Renaissance, ses idées ont été « adaptées » pour identifier au XXe siècle des “supports et résistances cachés”. Avec un logiciel d’analyse technique comme Prorealtime ou trading view, il suffit de prendre le début d’une tendance et sa fin, les relier et voilà, vous avez quelques bandes supplémentaires sur le graphique, qui indiquent apparemment des points, invisibles à l’œil nu, où le prix va rebondir. Ce sont les « retracements de Fibonacci » notamment à 23,6%, 38,2%, 50% et 61,8%.

Benjamin Graham et Warren Buffet : la naissance du « Invest in value »

A la suite de ces nouveautés successives, de personnalités comme Benjamin Graham et Warren Buffett, son meilleur élève dont la renommée n’est plus à faire avec son fonds Berkshire Hathaway ont montré qu’il existait une autre voie, « l’investissement dans la valeur » des sociétés, qui était réellement rentable dans la pratique. Cette évolution, ainsi que la naissance d’internet et la démocratisation de l’information, ont permis aux investisseurs d’avoir un accès beaucoup plus large aux informations financières des entreprises.

Aujourd’hui, la plupart des pays anglo-saxons qui ont plus de culture financière ainsi qu’une grande tradition avec les marchés boursiers, utilisent l’analyse fondamentale ou financière, dans la grande majorité des cas… Si vous voyez des interviews de gestionnaires de fonds, certes moins célèbres, vous verrez que tous disent qu’ils prennent des décisions basées sur des données fondamentales. À l’occasion, certains disent utiliser l’analyse technique comme “solution de secours” ou pour savoir “quand entrer”, mais il s’agit d’une très petite minorité.

En revanche, en France, il semble que ce soit le contraire. L’analyse technique prédomine et l’analyse fondamentale est reléguée au sous-sol des techniques pour investir sur les marchés.

À ce stade, nous pouvons constater que la naissance de l’analyse technique à l’époque était quelque chose de tout à fait prévisible.

Pensez à la situation : un investisseur veut acheter des actions, comment savoir lesquelles choisir ? Il n’y a presque pas de médias et les informations données par les entreprises étaient très limitées. Qu’avons-nous ? Le graphique du cours des actions… Voyons si on peut en tirer quelque chose.

Ainsi, avec le temps et la généralisation de l’accès aux données financières, le graphique a commencé à être de moins en moins utilisé.

Maintenant, y a-t-il une preuve que l’analyse technique fonctionne ? Quelles études sur l’utilité de l’analyse technique ?

De nombreuses universités dans le monde ont testé pour voir s’il existe des preuves empiriques que l’analyse technique fonctionne.

Eh bien, selon une étude réalisée par une université de Nouvelle-Zélande: nous pouvons affirmer que plus de 5 000 règles techniques de trading populaires ne semblent pas apporter de valeur ajoutée.

Dans une autre étude, réalisée par des personnes issues de plusieurs universités comme Berkeley, on peut lire: les day traders les plus expérimentés perdent de l’argent et près des trois quarts des days trades sont le fait de traders ayant un historique de pertes.

Il existe de nombreuses autres études réelles sur la rentabilité ruineuse de l’analyse technique et de la spéculation à court terme.

Même de nombreux professeurs d’université affirment que l’analyse technique ne fonctionne pas ! Des professeurs comme Eugene Fama (idéologue de la théorie des marchés efficients) ou Burton Malkiel (le génie de la marche aléatoire) l’ont sévèrement critiquée. Selon leur théorie, les marchés financiers sont efficaces et les cotations représentent toujours la juste valeur de la valeur, de sorte qu’essayer de gagner de l’argent en se basant sur des cotations passées ne peut pas fonctionner.

Posez vous une question très simple : combien d’analystes techniques millionnaires connaissez-vous ?

La véritable réponse est : ZERO. Il n’y en a pas.

Au contraire de nombreux investisseurs millionnaires fondamentaux ont accumulé des fortunes considérables. Warren Buffett dit même ceci :  “J’ai compris que l’analyse technique ne fonctionnait pas lorsque je retournais le graphique à l’envers et que je n’obtenais pas de réponse différente.”

Mais malgré tout cela, internet est truffé de graphiques d’ « analystes techniques », ou de formateurs qui prétendent qu’avec leur « méthode » ils vous feront gagner de l’argent. Et sur snapchat ou twitter, les traders gagnants sont légions avec des graphiques victorieux sensés démontrer une logique d’investissement donné. Il suffisait de faire comme eux n’est-ce pas ?

Comment savoir si cet argent gagné ne vient pas de la chance ?

La spéculation à court terme, c’est comme jouer à pile ou face : la moitié du temps, vous aurez raison, mais cela ne veut pas dire que ça marche. C’est ce que prouvent les études de probabilités : avec des coups de chance on peut arriver à croire que ça marche, mais si on prend des échantillons importants et très longs dans le temps on voit que ces méthodes astrologiques n’ont aucune cohérence.

La plupart des graphiques ne sont que des “prédictions a posteriori“. Il est facile de reprendre le cours d’une action, après le mouvement intervenu, haussier ou baissier, puis de tracer une figure graphique sensée démontrer que l’évolution du prix était « écrite ».

En réalité, le plus drôle, c’est que quoi qu’il arrive, il y avait quelque chose pour le justifier. Si l’action continuait à monter, c’était à cause du canal haussier dans lequel elle se trouvait. Si elle est tombée, c’est parce qu’elle a heurté une résistance. Se pourrait-il aussi qu’elle soit tombée parce qu’il y a une épaule tête épaule ou un double top ?

Prenez n’importe quel graphique et vous réaliserez, objectivement, qu’il est absolument impossible de prédire le comportement à venir de l’actif étudié. Quoi que vous fassiez, le cerveau essaiera toujours de trouver une explication et de rechercher des modèles. Souvent, là où il n’y en a même pas. Une action peut parfaitement s’effondrer à cause d’une supposée tendance baissière ou parce qu’elle a touché une « résistance ».

La croyance dans la prétendue solution de l’analyse technique pour régler le problème insoluble du sens des marchés

La réalité est probablement plus triste : de nombreux investisseurs ont un vrai problème, celui de gagner de l’argent sur les marchés financiers. Et pour en gagner il faut résoudre un problème majeur : savoir si le marché va monter ou baisser n’est-ce pas ?  Dès lors qu’une possible solution voit le jour, par exemple l’analyse graphique mais plus récemment ichimoku kinko, alors pourquoi ne pas y croire ? Poussés par le besoin, les investisseurs veulent croire que l’analyse technique est LA solution.

Ce même raisonnement peut être appliqué à la plupart des “arts mystiques” et des “pseudo-sciences” comme l’astrologie ou le tarot. On a beau expliquer que cela ne fonctionne pas ou n’aide pas, les gens les utilisent parce qu’ils ont BESOIN d’y croire, parce que pour une raison ou une autre, ils ne voient pas d’autre solution.

Nous parlons de biais comme la dissonance cognitive qui entre en jeu. Dans ce cas, vous lisez quelque chose qui va à l’encontre de votre mode de fonctionnement. Comment résoudre cette incohérence ? En ignorant ou en dépréciant ces écrits.

Il y a aussi l’effet de troupeau : “tout le monde autour de moi utilise l’analyse technique. Ça doit marcher parce que tant de gens le font.”

Parfois il faut simplement faire preuve de bon sens et d’esprit critique. Le bon sens nous dit-il que l’évolution du cours d’une action sera guidée par des lignes imaginaires ?

Si vous prenez du recul, vous réaliserez qu’il serait très étonnant de tracer des lignes sur des courbes de prix pour prédire la tendance à venir.

Le bon sens nous dit que derrière une action, il y a une société, et qu’il y a des bénéfices. Derrière les contrats à terme sur le cuivre, il y a des mineurs de cuivre et des consommateurs, il y a l’offre et la demande. Même derrière les options financières, il y a des éléments comme Delta, Vega… et finalement tout dépend de l’évolution du sous-jacent.

La question est donc de savoir pourquoi certaines personnes pensent que l’analyse technique fonctionne.

L’aveuglement ? Non, le marketing.

Premièrement, à cause du manque de culture financière en France. Les données montrent que la quasi-totalité des actifs des français sont constitués de logements ou d’assurance vie en fonds euros avec quelques unités de comptes « recommandées » par le banquier « pour diversifier » et que peu investissent à long terme sur les marchés financiers. Le nombre d’actionnaires individuels diminue.

Dans cet environnement, il suffit que quelqu’un vienne promettre des rendements de 80 % pour les tromper. Personne ne sait que la bourse rapporte environ 7% par an et que les meilleurs ne gagnent “que” 20% ou 30% par an.

Deuxièmement, parce que ce n’est pas intéressant. Les entités qui diffusent et font le plus de publicité pour l’analyse technique sont les courtiers. Ne nous leurrons pas, ils vivent de commissions et ce qu’ils cherchent, c’est à faire payer leurs clients le plus possible. Comment ? Ils veulent donc que les gens fassent le plus de transactions possibles.

En outre, les courtiers opèrent avec les banques, qui profitent aussi en grande partie de cette vague d’achats et de ventes compulsifs.

Troisièmement, il y a des gens qui gagnent leur vie grâce à l’analyse technique. Évidemment, pas en faisant du trading, mais en vendant des cours et des livres et en recevant des commissions des courtiers.

Un autre aspect est très dangereux, de plus en plus répandu chez ces “analystes”, c’est l’utilisation de produits et d’actifs complexes comme les options binaires et les CFD (produits interdits aux USA). Je vois aussi que le sujet des crypto-monnaies est très à la mode, ce qui, sans entrer dans le détail, me fait penser que ce sont des actifs à haut risque et qu’ils devraient tout au plus constituer une petite partie du portefeuille.

Le pire de tout, c’est qu’il y a beaucoup de gens, surtout des jeunes, mais aussi des moins jeunes, qui tombent entre les mains de ces personnes et les exploitent en faisant payer des milliers d’euros pour des cours (il y en a beaucoup) et en vendant des livres qui viennent dire : Courage, tu peux le faire, et si tu perds de l’argent, c’est qu’il te faut un autre cours.

Si tu n’y arrives pas c’est que tu n’as pas compris mon cours. Tu as travaillé mon cours. Alors c’est ta psychologie qu’il faut travailler. Non mais tu n’étais pas sur le bon marché. Tu ne comprends pas le Forex? Il faut trader le DAX? Tu perds? L’avenir c’est le Bitcoin. Hein ? tu ne comprends toujours pas? Attend j’ai une autre formation « Masterclass » pour toi. etc. etc.

Les vrais spécialistes de la finance en banque d’investissement en rigolent tellement c’est pathétique.

En conclusion, l’analyse technique ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. C’est une illusion. C’est joli et coloré. Ça clignote sur des plateformes d’analyse technique. C’est vendeur.

Privilégiez l’analyse fondamentale, lisez la presse économique spécialisée, investissez à long terme en diversifiant vos actifs. Et cessez de vous appauvrir en multipliant les achats / reventes et d’enrichir les courtiers et les formateurs bidons dont vous ne verrez jamais les performances en trading. Et pour cause, ce n’est pas de cette façon qu’ils remplissent leur compte en banque.

Ouvrez les yeux.